"Pulsions"
Ce qui me frappe surtout dans les gravures de Darmon, ce sont ces noirs dotés d'une densité et
d'une charge émotive intense. Fortement incisés dans le métal sous l'effet de pulsions et sans
automatismes, ils exercent sur l'œil un pouvoir d'envoûtement. Ce sont ces formes aussi, très
nettement circonscrites et qui pourtant n'ont pas de lignes. Darmon grave bien souvent sans
entailler linéairement mais en caressant profondément le métal. D'où la saveur tactile des aplats et
vibrations grises. Sans doute abstraites, les gravures de Darmon n'appartiennent cependant à
aucun courant de l'abstraction. Ni géométriques, ni gestuelles, elles sont le produit d'une technique
naturelle et d'un parcours méditatif qui s'inscrit dans la durée.
André Jacquemin, Membre de l'Institut
Château de la Bertrandière / 1990
Catalogue du Musée Denon / 1993
"Une texture riche en inflexions"
Sa pointe sait éviter le brio asséchant. Mobile, gouvernée au plus près, elle buissonne (non
ébarbée) avance par brèves poussées dans le cuivre et structure sans complaisance des espaces
ponctués de signes en alerte ou sans cesse ouverts aux conflits de transparences.
Une lumière, au caractère picturaliste affirmé, accuse l'intensité des noirs et irradie en échos
ruisselants à travers une texture riche en inflexions. Gravure de reflets et de remous, il est tentant
d'en suivre, de pièce en pièce, les circonvolutions d'eau pensive.
Un esprit nerveux, juvénile et insatisfait la féconde, s'infondant à la matière pour la porter, toute
tremblante, aux bords de seuils inquiets.
Lucien Curzi
Catalogue de l'exposition ''Gravures de Claude-Jean Darmon''
Galerie Mozart. Prague / 1992
"Jubilation cartographique"
Claude-Jean Darmon.
Il y a de la montagne et de l'abeille dans son nom. Il suffit d'ajouter un ''d'' à la première syllabe :
dar + d = dard et un ''t'' à la seconde : mon + t = mont.
Sur cette montagne bourdonne ou bombillonne une abeille. Il y a du bourdonnement dans les
gravures darmoniennes – un bourdonnement qui sent l'été et le miel.
Mais j'imagine aussi un bourdonnement d'avion, et m'aidant de ce rêve auditif et mécanique, je me
hisse dans la carlingue de l'appareil volant – Or, le voici qui s'envole et que le sol s'éloigne et
s'étend. Nous montons – de plus en plus. Et que vois-je en regardant sous nos ailes, c'est-à-dire
sur la feuille de papier encrée ? Ne serait-ce pas le Darmon-land ?
Réside en ces estampes une qualité du trait et de la teinte qui fait de l'imaginaire une réalité.
Aussi, me prends-je à croire aux îles ou, mieux, aux archipels darmonlandais émaillant la mer
darmonienne où sans doute naviguent des vaisseaux, nagent des poissons et des nageurs déliens
comme ceux dont parlait Socrate à propos d'Héraclite.
Je ne les vois pas, mais je les suppose et, surtout, je me laisse enivrer ou invertiger par l'alcool et
la jubilation cartographiques et géographiques - l'étrange joie de surplomber le monde !
Yvon Taillandier
Catalogue du Musée Denon / 1993
"Timbres et modulations"
Dans un article paru dans ''L'œil'' (n° 454 / 1993) Roger Bouillot, critique pictural et musical, définit
ainsi l'art de Darmon : « … Complexe parce qu'elle ouvre sur le rêve et la musique intérieure du
spectateur, l'œuvre sur cuivre de Claude-Jean Darmon est réalisée à la pointe sèche par un travail
contemplatif d'une infinie patience (mini-entaille après mini-entaille) qui est un peu l'équivalent du
berceau pour la manière noire. D'une incontestable qualité d'abstraction, la gravure de Darmon
appelle cependant, au travers de certaines planches, l'évocation des eaux tranquilles, de la
montagne immobile, du ciel où les nuages s'arrêtent … On peut penser au voisinage,
déconcertant, des vieux maîtres de la Chine millénaire parce que ces pointes sèches sont d'abord
des poèmes plastiques, à la présence insidieuse, sur lesquelles viennent parfois des résonances
de musique de piano dont l'artiste est imprégé … Entendons-nous, Darmon n'est pas ''musicaliste''
(ce qu'il pourrait facilement être eu égard à ses qualités de musicien connues de ses amis
seulement) mais sa pensée ''est'' musicale, et sa technique proche de l'écriture du compositeur qui
projette sur le papier les quelques notes d'une structure mélodique et développe ensuite en une
infinité de timbres et modulations ...».
Roger Bouillot
''L'œil'' / n° 453 / 1993
Cité dans ''Les Nouvelles de l'Estampe'' / BnF n° 135 / 1994
Cité dans le catalogue du Musée des Jacobins / 1994
"Patience contemplative"
Trop spécifique pour être assimilable à une tendance précise de l'abstraction contemporaine,
l'écriture graphique de Claude-Jean Darmon concilie patience contemplative et fulgurance
gestuelle. Un objet infiniment petit – l'aiguille métallique – capable d'incurver ou d'entailler le cuivre
à volonté, lui suffit pour donner forme à ses pensées.
Sans doute, en authentique ''penseur graphique'', Claude-Jean Darmon est-il plus soucieux
d'expressivité que de technicité. Il s'exprime naturellement en gravure comme il s'exprime
naturellement au piano quand il cisèle avec un juste phrasé une sonate de Mozart, une suite de
Haendel, une partita de Bach. Complémentarité sans confusion. Adaptabilité d'une sensibilité qui
ne saurait s'écarter de la vérité artistique pure.
L'exécution de ses estampes ? Sans maquillage. Une parfaite orthodoxie technique servie par un
esprit clair et un sens oriental du temps. Le temps ne retient pas ce qui se fait sans lui.
L'esquisse précédant l'orchestration de chaque gravure est animée d'élans impérieux
spontanément tracés au pinceau noir sur papier blanc. Image initiale, mobile, intuitive, informelle
encore. Elle se précise et s'aiguise sans perdre de sa vitalité lors de sa transcription prolongée sur
cuivre, nuit après nuit. Darmon écrit ses visions intérieures en une infinité de zébrures qui crépitent
sur les plaques de cuivre comme des ''pizzicatti'' sur les cordes d'un violon. Chaque planche est
séquentielle. Ponctuations signographiques et glissements de teinte, textures densifiées et
géographies imaginaires appellent le déchiffrage. Les fonds sont presque immaculés ou plus
souvent encore modulés en variations chromatiques grises. Incessants polissages à l'aiguille et
labourages en profondeur sans acide ni perchlorure de fer.
Observées de près, ses pointes sèches trouvent leur mouvement de vie dans une multitude de
croisillons semblables à des atomes en fusion. Vibrante radiation qui amène à l'intuition première
quand l'infiniment petit se démultiplie. Et quand la pensée créatrice épouse envers et contre tout
les méandres d'un itinéraire introspectif en constante évolution.
Laurence Franck
Art et Métiers du Livre / n° 186 / 1994
Coup d’œil sur les plus anciennes critiques (1958-1984)
L'lnformation.
Claude-Jean Darmon expose un ensemble de remarquables dessins d'une grande acuité de vision
et d'une exceptionnelle finesse de rapports dans les gris, où jouent toujours les subtilités d'une
grande et pudique sensibilité.
Jean-Jacques Levêque, n° 2.391, 1958.
Arts.
Une sorte de spontanéité savante caractérise les œuvres de ce très jeune artiste. Un travail incisif,
aigu, laisse au réel sa poésie la plus délicate.
Michèle Seurière, n° 749, 1959.
Combat.
À une époque où les valeurs secrètes sont mises en péril par les effets tapageurs, quelle joie nous
apportent ces dessins fébriles, tout intérieurs, faits pour la contemplation et le silence. La
technique personnelle de Claude-Jean Darmon lui permet de suggérer une atmosphère avec
infiniment de sensibilité quel que soit le sujet traité. Sur le plan de la composition, il recherche avec
assez d'originalité un nouvel espace, et c'est dans ce sens qu'il évoluera sans doute, vers des
mises en page où le blanc joue un rôle de contre-chant comme le vide en sculpture par rapport
aux volumes pleins. C'est une très belle exposition qui ne manquera pas de toucher les vrais
amateurs.
Jean-Albert Cartier, n° 4791,1960
Le Figaro.
Claude-Jean Darmon expose des dessins d'une qualité exceptionnelle dans une technique
minutieuse et aiguë qui appelle évidemment la gravure et enveloppe le sujet dans une atmosphère
lumineuse.
Raymond Cogniat, n° 4771,1960.
Le Figaro littéraire.
ll y a de la poésie, et un sentiment intense de la lumière dans les pages en blanc et noir de
Claude-Jean Darmon.
Claude-Roger Marx, n° 718,1960.
Les Nouvelles de l'Estampe. Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, Paris.
Les œuvres dessinées comme les gravures de Darmon sont empreintes d'une grande délicatesse et
portent la marque d'une très fine sensibilité. Les premières, d'un tracé impondérable, immatérielles,
suggèrent dans une écriture de transparence. Ces prodiges de légèreté semblent I'œuvre récréative
du graveur Claude-Jean Darmon. ÉIaborées dans Ia concentration, abstraites, d'un abord plus
difficile, les pointes sèches exposées sont de subtiles et savantes variations rappelant le travail de
I'eau-forte et de l'aquatinte.
[…] Ces planches, aux formes déchiquetées, suggérant les découpages capricieux et fantastiques
des côtes et des pics montagneux, aux surfaces tout en reflets, font songer aux anciens et poétiques
paysages chinois.
Dominique Mayaud, n° 5, 1970
Jardin des Arts.
Claude-Jean Darmon, ce n'est plus une découverte, ce n'est pas encore un lieu commun. La vaste
planche que nous reproduisons est révélatrice de I'art de ce graveur que les amateurs ont mis en
lumière il y a quelque dix ans, et suivi avec attention jusqu'à sa dernière exposition particulière à
Paris, Galerie Villand et Galanis. Avec des moyens techniques sans fards, son expression graphique
est neuve, car elle émane de sa propre sensibilité. C'est à la pointe sèche pure que Darmon crée cet
univers onirique en modulations infiniment nuancées dans un registre toujours bien tempéré. Et la
myriade de signes allusifs qui parsèment ses planches n'est pas sans évoquer la poétique d'un
Hercules Seghers. L'outil seul, hypersensible, sans faire appel à la magique alchimie du grain
d'aquatinte mordu par I'acide, creuse dans le métal des sillons espacés ou serrés, vigoureux jusque
dans I'extrême finesse. Il laboure plus ou moins profondément en une vibration incessante qui
signifie l'émotion ressentie dans I'instant même. Œuvre de concentration et d'intériorité dont le style
sans parure révèle un authentique poète.
Jean Rousselot, n° 212, 1972
Les Nouvelles de l'Estampe.
Aux hasards de l'aquatinte, il préfère l'aiguille qui pénètre ou effleure le cuivre, à volonté. Il maîtrise
ainsi les gris nuancés par d'innombrables tailles serrées, dépassant de cette façon la tradition linéaire
de la pointe sèche.
Claude Bouret, n° 75, 1984